Thomas Nguyen, Valentine Losseau, Mikaël Serre

  • Opéra écologique, Xynthia, l’odyssée de l’eau, est librement inspiré du texte d’Henrik Ibsen, Un ennemi du peuple, pièce avant-gardiste écrite en 1883. Dans ce brûlot visionnaire, un médecin dénonce la contamination des eaux de sa ville. S’il parle publiquement, la station thermale sera économiquement ruinée. Chantages, pressions, complots, mises au banc… L’homme devient l’ennemi à abattre de la collectivité. Lorsque Thomas Nguyen est venu à ma rencontre pour me proposer de travailler avec lui, il souhaitait aborder comme compositeur les enjeux environnementaux de l’eau et leur incidence sur notre vie quotidienne. Il m’a en premier lieu parlé de la tempête XYNTHIA qui était pour lui une première accroche à la fois intuitive, dramatique et contemporaine. J’ai immédiatement évoqué avec lui l’oeuvre rageuse d’Ibsen. L’eau prenant la forme du contenant est aussi un miroir de nos moeurs de plus en plus fluctuantes et transvasables, de nos trahisons et renoncements, mais surtout de notre adaptabilité aussi lâche qu’essentiel à notre survie. Nous le savon maintenant notre biosphère est limité, fragile, et il s’agit du premier âge géologique dont nous sommes responsables. Qui est le véritable ennemi ? La conception dualiste de l’existence, où l’on oppose frontalement « la réalité » à « la « vérité » n’a plus de prise. C’est là que le drame prend racine, s’articule, quand notre temps préfère l’image à la chose, la copie à l’original, la représentation à la réalité, l’apparence à l’être comme l’écrivait Ludwig Feuerbach presque contemporain d’Ibsen.

  • Musique Thomas Nguyen
  • Livret Valentine Losseau
  • D’après Un ennemi du peuple, d’Henrik Ibsen
  • Direction musicale Yann Molénat
  • Mise en scène Mikaël Serre
  • Assistante mise en scène Naïma Perlot-Lhuillier
  • Chorégraphie Kitsou Dubois
  • Scénographie Charlotte Gautier Van Tour
  • Costumes Anaïs Heureaux
  • Chef de chant Jeanne Vallée
  • Création sonore Pierre Tanguy
  • Création lumière Jimmy Boury
  • Création vidéo Léa Troulard, Charlotte Gautier Van Tour et Cyrille Leclercq
  • Régisseur général Christian Ravelomaniraka
  • Régisseur plateau Sami Jlassi
  • Régisseur son Samuel Allain
  • Régisseur vidéo Stéphane Bordonaro
  • Production Agnès Prévost

Avec

  • Petra Stockmann : Emmanuelle Jakubek, soprano
  • Stockmann / Aslaksen : Stéphanie Guérin, mezzo
  • Billing : Fabien Hyon et Hoël Troadec, ténor
  • Tomas Stockmann : Halidou Nombre, baryton
  • La Messagère du Peuple : Alix Riemer, comédienne
  • Horster, Artémis, l’Eau : Sébastien Ly, danseur
  • Thomas Bloch : Cristal Baschet, Ondes Martenot
  • Pauline Haas, harpe
  • Juliette Adam, clarinettes
  • Pierre Tanguy, percussions et électroacoustique
  • Yann Molénat direction musicale et Fender Rhodes

  • Production Collectif Io. Co-production Opéra de Reims, Opéra-Théâtre de l’Euro Métropole de Metz et Clermont Auvergne Opéra. En partenariat avec Le Fluide Ensemble et le bureau Formart. Avec le soutien de la DRAC Grand Est, de la Région Grand Est, du Département de la Marne et de la Ville de Reims. Avec le soutien du CNM / Centre National de la Musique, d’Arviva, d’Artelia et du groupe Audeo.

OPERA ONLINE

Par Thibault VICQ

Xynthia, l’odyssée de l’eau, opéra-vérité au Théâtre Silvia Monfort. Le metteur en scène Mikaël Serre illustre comment des personnes « normales » peuvent gagner en galon dramatique et se retrouver prescripteurs d’une cause plus grande qu’euxmêmes. Les instrumentistes prennent même part à l’assemblée entre le médecin Stockmann et la directrice de la société des bains : il questionne ainsi la part de citoyenneté en chacun de nous sur des sujets d’intérêt public, même dans un grand bain d e vidéos sur les puissances naturelles et des instants dansés (par Sébastien Ly) moins littéraux et servant de performant liant de récit.

PREMIERE LOGE

Par Stéphane LELIÈVRE

Xynthia, un message écologique porté par un spectacle poétique au Théâtre Monfort. Mais si le spectacle est une réussite et séduit les spectateurs (y compris les jeunes, très présents et attentifs en cette soirée du 18 octobre), c’est aus si grâce à la mise en scène poétique réglée par Mikaël Serre, qui, avec la complicité de Ji mmy Boury (création vidéo), rend lisible la superposition des dif férentes strates temporelles et privilégie la fluidité de la narration – tout en mettant judicieusement en val eur les quelques scènes où l’intensité, l’urgence dramatiques se font particulièrement prégnantes.

LA TERRASSE

Par Jean-Guillaume Lebrun

L’intensité dramatique de la musique se révèle surtout dans les moments extrêmes. L’un est la tirade a cappella de Tomas Stockmann, le médecin des bains d’une petite ville, qui dénonce la mauvaise qualité des eaux de l’établissement et la volonté des notables de la réduire au silence. Les autres sont les scènes paroxystiq ues, où les deux histoires d’eau – celle d’Ibsen et celle de Xynthia – confluent, de même q ue les deux narrations, l’une lyrique, l’autre portée par la comédienne Alix Riemer. La musique s’y fait plus acérée tandis que la mise en scène de Mikaël mobilise tout l’es pace, jusqu’à ce dialogue impossible entre le docteur et sa soeur, présidente de la société des Bains, dominant la scène depuis un gigantesque écran.

CLASSIC NEWS

Par Alexandre PHAM

À l’heure où 5 grandes institutions lyriques entre France et Belgique disposent des moyens concrets pour réussir écologie et création [lire notre dépêche du 16 déc lancement du « collectif de 17h25 »], le spectacle Xynthia s’inscrit naturellement dans ce sillon exemplaire et visionnaire. Obligeant à une prise de conscience, dénonciateur et très juste, l’opéra ainsi créé est à découvrir absolument. Les prochaines dates du spectacle, engagé, humaniste, écologique sont incontournables


Photos © Florent Mayolet