TROIS OMBRES
Bertrand Belin / Cyril Pedrosa / Loo Hui Phang
CREATION [2018] • La Ferme du Buisson⎮ Pulp Festival
- Andrès, Anna et leur fils Joachim vivent heureux dans la forêt, quand l’apparition obstinée de trois silhouettes vient ternir ce bonheur. Elles réclament Joachim ! Le père s’enfuit alors avec son fils pour tenter d’échapper à un triste destin. En croisant migrants et vieux sorcier, Andrès va devoir faire le choix de sacrifier sa propre humanité. Pour raconter cette histoire, le spectacle propose un dispositif hybride. Le dessin est créé en direct ou animé avec différentes techniques, la comédienne Elina Löwensohn porte les personnages quand la musique live suit le relief du récit. Dans ce conte à multiples dimensions, chacun des éléments devient tour à tour acteurs, décors et émotions. Roman graphique de Cyril Pedrosa, auteur BD en résidence à la Ferme du Buisson en 2015, Trois Ombres a remporté un vif succès depuis sa sortie en 2007. Son souffle épique est traduit par la musique de Bertrand Belin, qui avait collaboré sur Spleenorama en 2014, et de Thibault Frisoni. L’adaptation par Loo Hui Phang, complice régulière du PULP Festival, et la mise en scène par Mikaël Serre, vu à la Ferme avec À un endroit du début (2016) ou Les Enfants du soleil (2013), accentuent la dimension tragique de la bande dessinée. Un spectacle qui ne vous laissera pas indifférent, il n’y a pas l’ombre d’un doute.
- Adaptation Hui-Phang Loo
- d’après Trois ombres de Cyril Pedrosa
- Mise en scène Mikaël Serre
- Musique Bertrand Belin
- Musique Thibault Frisoni
- Création son Nicolas Delbart
- Scénographie et Vidéo Sébastien Dupouey
- Dramaturgie Katia Flouest-Sell
- Assistant(e) à la mise en scène Julie Fonroget
- Création vidéo Giuseppe Greco
- Création lumières Henri Leroi
- Régie générale Christophe Bremaud
avec
- Bertrand Belin, Thibault Frisoni, Elina Löwensohn, Cyril Pedrosa
- Production La Ferme du Buisson – scène nationale de Marne-la-Vallée, Pulp Festival

LE MONDE.fr
Par Cathia Engelbach
La réinvention de l’histoire passe également par ce que la bande dessinée seule ne s’autorisait pas : la nécessité de la nomination. Les Trois ombres dessinées faisaient face à l’innommable et à l’indéfinissable, et Cyril Pedrosa réduisait parfois sur ses planches les formes à des esquisses pour suggérer l’indicible. Mais sur la scène comme au théâtre, la possibilité du dire et la performativité fournissent une autre profondeur aux catastrophes en train de se jouer. Aussi la comédienne Elina Löwensohn prend-elle le temps d’énumérer, en début et en fin de pièce, les éléments de la nature, plantes, pierres, fleurs, sous les notes électro de Thibault Frisoni et le chant tour à tour lancinant et scandé de Bertrand Belin, comme pour rappeler à la mémoire le règne du vivant. « Le passage de l’abstraction de la bande dessinée au concret du plateau s’explique par le besoin que nous avons eu d’incarner les choses, éclaire l’auteur. Sans pathos, grâce à la puissance du jeu d’Elina et aux trouvailles scéniques de Mikaël, nous avons cherché à dire le vivant. »

