Maxim Gorki

  • Au cours de sa vie, Maxime Gorki a entretenu des rapports ambigus avec le pouvoir de son pays, et cela tout au long d’une période pour le moins mouvementée ! Tour à tour emprisonné, exilé, adulé, il est mort dans des circonstances troubles, sous la haute «surveillance» de Staline, après avoir été couvert d’honneurs (quel écrivain peut se targuer d’avoir eu, de son vivant, une ville à son nom ?). C’est incarcéré qu’il a écrit, en 1905, cette pièce moins connue que Les bas-fonds, par exemple. Elle détaille un microcosme de privilégiés englués dans leur confort et leurs contradictions, incapables d’être en prise avec la réalité, incapables aussi d’œuvrer pour une transformation du monde. À l’heure des printemps arabes et des démocraties malades de l’argent, le metteur en scène relocalise la pièce russe dans un pays « du sud », aux portes d’un désert fantasmé par certains protagonistes. Là se dresse un espace artificiellement clos, habité par une certaine élite, progressiste, cultivée, humaniste. A l’intérieur, on s’enflamme sur le rôle de l’art et la science, on rêve de créer un monde nouveau, on vit de petites révolutions sentimentales. Et l’on ne réalise pas qu’à l’extérieur une autre révolution gronde. Quel regard porteraient les enfants du soleil du XXIe siècle sur les printemps tunisiens ou égyptiens, si ces révoltes menaçaient d’entamer leurs privilèges ?

  • Adaptation et mise en scène Mikaël Serre
  • Assistante à la mise en scène Céline Gaudier
  • Dramaturgie Jens Hillje
  • Scénographie et costumes Nina Wetzel
  • Collaboration à la scénographie Florence Emery
  • Collaboration aux costumes Miriam Marto
  • Vidéo Sébastien Dupouey
  • Musique Nils Ostendorf
  • Lumière Sébastien Michaud
  • Construction décor Ateliers du Théâtre Vidy-Lausanne

Avec

  • Nabih Amaraoui
  • Servane Ducorps
  • Cédric Eeckhout
  • Marijke Pinoy
  • Thierry Raynaud
  • Bruno Roubicek
  • Claire Vivianne Sobottke

  • Production  La Comédie de Reims, Centre Dramatique National  Coproduction  Théâtre Vidy-Lausanne, La Rose des Vents, Théâtre de Montreuil

TOUTE LA CULTURE

Par Geoffrey Nabavian

La première qualité de la mise en scène de Mikaël Serre, réalisée il y a près de deux ans, est de savoir transmettre l’humour désespéré de l’oeuvre. D’autant plus réussi au vu du travail d’adaptation qu’il a opéré sur le texte, afin peut-être de le rendre actuel. On ne s’ennuie pas à écouter ces lamentations burlesques, rendues assez légères. Protassov et sa nanotechnologie, Elena et ses envies de vérification amoureuse, Legor et sa femme qu’il bat… On aime ce décor où des cactus et du sable figurent les affrontements incessants, où une voiture tient de multiples rôles… Et ces passages de vidéo qui transportent ailleurs, grâce à leur noir et blanc expressif. Surtout, lors du troisième « acte », des ruptures ont lieu, des dangers se précisent… Jusqu’à l’élément tragique final.

POLITIS

Par Anaïs Heluin

Sombre printemps. Mikaël Serre est maître en identités incertaines. On a beau voir Vaguine courtiser Elena, Melania (drôle et déchirante Marijke Pinoy) tenter de séduire Protassov, et tous les autres se livrer à de pareilles occupations, on ne sait jamais vraiment qui sont ces affolés. Les membres d’une élite arabe enfermée dans sa tour d’ivoire, peut être. Ou des pseudo-intellectuels occidentaux dont les téléviseurs diffusent des images de lointaines révolutions. Tout se rejoint et se confond, dans l’apocalypse. Surtout les corps. Issus pour beaucoup de la performance, les comédiens ne lésinent ni sur les cris ni sur les convulsions. Tout en contrôle. À sept, ils portent avec talent une intrigue prévue pour seize. Au prix de quelques raccourcis, bien sûr. Mais avec la musique de Nils Ostendorf, la lumière joliment crépusculaire de Sébastien Michaud et les images de Sébastien Dupouey, une nouvelle narration se met en place : celle du suicide 2.0. Qui accompagne aujourd’hui toute tragédie.

THEATRE DU BLOG

Par Veronique Hotte

Mikaël Serre reprend cette pièce où il met en scène ces questionnements politiques et philosophiques, en l’installant dans un de ces pays des printemps arabes et des mouvements d’indignés grecs et espagnols, et on peut voir sur un grand écran ces mouvements de foule impressionnants, porteurs de renouveau et d’espoir, que les pays nantis regardent avec une satisfaction équivoque : « Actuellement, constate Mikaël Serre, les « élites » européennes, tout en conservant un discours de façade sociale et humaniste, renforcent des mesures antisociales, sous prétexte d’une crise que leur propre politique a déclenchée ». Le metteur en scène met l’accent sur l’ambivalence de ces élites dont le repli sur sur soi et la perte de la réalité son manifestes. Mikaël Serre relit Gorki pour nous qui dissertons à courte vue, et loin de ces révolutions qui sourdent brutalement, sur la nécessité utopique de concilier l’inconciliable: exigences populaires et envies des élites. En attendant, ces enfants du soleil vivent une épreuve existentielle, égoïste et violente. C’est un beau spectacle, réalisé avec soin et précision (danse, jeu et musique) et engagé dans notre temps…

LA VOIX DU NORD

Par J.M.D

«Les Enfants du soleil», à la Rose des vents : foutraque mais intrigant. Dans la pièce de Maxime Gorki (1905), l’intrigue se passe dans une grande maison aristocratique de la Russie des tsars où se croisent un scientifique, sa femme, sa sœur, un peintre amoureux (de la femme du chimiste), un vétérinaire amoureux (de la sœur), quelques rôles périphériques mais toujours essentiels. Dans la version de Mikaël Serre, accueillie à la Rose des vents, tout ce petit monde se croise, se hurle, s’embrasse et se déteste, se repousse et fait l’amour, tout cela dans une désespérance toujours plus grande.