• Mettre en scène Les Contes d’Hoffmann, oeuvre inachevée à l’image du Woyzeck de Büchner, c’est commencer par opérer intimement une révolution nécessaire contre soi-même. Face à cette acuité dramatique et musicale, la théâtralité est évidemment à prendre à bras le corps et à éprouver. À la fois adresse intime par le truchement de l’explosion musicale et vocale, et adresse à l’esprit critique du spectateur à travers les stratégies du récit satirique, l’œuvre d’Hoffenbach, par cette proximité équilibrée des deux adresses, donne envie de fouiller et explorer ce dualisme sur le plateau. Notre héros, hait-il, aime-t-il, souffre-t-il moins que le héros des générations précédentes ou futures ? Dans la tragédie grecque, l’homme était face à son destin, au moyen âge face à Dieu, dans le romantisme face à ses passions. Le rationalisme a mis l’homme face à la nature et nous savons aujourd’hui que l’homme est face à la société et à tous ses bouleversements. Il en va ainsi des Contes d’Hoffmann qui n’ont rien de figé, de définitif. Amputée de partitions retrouvées sur le tard, l’oeuvre a grandi avec le temps, elle a assimilé de nouveaux contenus. On m’a proposé de réunir sur cette mise en scène mon équipe artistique, scénographe, vidéaste et compositeur, avec l’équipe de l’Opèra de Dijon pour prolonger cette incursion des assonances thématiques de l’oeuvre. Finalement le réel, la vérité n’ont plus d’importance, où la question du double mécanique et virtuel du post-humain est d’une actualité trouble, mais bien réelle. Aujourd’hui Hoffmann nous fait entrevoir l’amour comme seul fond poétique commun. Ce qui était étrange, glaçant, loufoque, impossible, absurde au 19e est aujourd’hui de l’ordre du possible, du futur proche. Comment alors transposer ces situations qui aujourd’hui ne sont plus de l’ordre du fantastique ? Voir un homme pris dans des tourments, un déséquilibre, une chute, mais aussi dans un monde de faux-semblants et d’apparitions où tout se détraque est à la fois terrible et grandement réconfortant : l’insaisissable comme dernier rempart à une humanité en proie à la mécanique de son temps. Ces nouveaux Contes d’Hoffmann empruntent à Friedrich Nietzsche, Ingmar Bergman, Werner Schroeter ou Michel Houellebecq…

  • Musique Jacques Offenbach
  • Arrangements Fabien Touchard
  • Livret Jules Barbier | Mikaël Serre                                                                                                                       
  • Direction musicale Nicolas Chesneau
  • Mise en scène et arrangements du livret Mikaël Serre
  • Scénographie Nina Wetzel
  • Vidéo Sébastien Dupouey
  • Son et Musique Peter von Poehl
  • Costumes Fanny Brouste
  • Lumières Gilles Madras
  • Dramaturgie Katia Flouest-Sell
  • Masque Loïc Nebreda
  • Collaboration artistique à la mise en scène Julien Fišera
  • Chef de chant Marie Duquesnois       

Avec

  • Hoffmann kévin Amiel
  • Olympia, Antonia, Giulietta, Stella Samantha Louis-Jean
  • Lindorf, Coppélius, Le docteur miracle, Dapertutto Damien Pass
  • Nicklausse, La muse, La mère d’Antonia Marie Kalinine
  • Frantz, Nathanaël Matthieu Chapuis
  • Spalanzani Jean-Christophe Sandmeier
  • Crespel Rafael Galaz
  • Cochenille Pitichinaccio Alessandro Baudino
  • Maître Luther Schlemil Zakaria el Bahri
    Hermann Jonas Yajure

  • Production Opèra de Dijon

MAGAZINE OPERA

Par Jacques Bonnaure

Les Français n’ont jamais très bien compris le romantisme allemand Aussi ne faut-il pas s’étonner que le livret de Jules Barbier ait séduit les fantasmagories d’Hoffmann a ce que Mikael Serre, metteur en scène de cette nouvelle production de l’Opéra de Dijon, qualifie plaisamment de «train fantôme». Mikaël Serre a dont souhaité viser plus haut en prenant au sérieux les clichés du poète maudit et de I amour impossible, et en donnant à voir les affres de la création et l’enfer de la passion, dans un environnement visuel et sonore actuel, avec inclusion de musique concrète II a également réfléchi sur la condition de diva, à travers le personnage de la cantatrice Stella, dont les interviews télévisuelles sont projetées sur écran pendant les entractes. Des citations diverses émaillent le livret réécrit par Mikael Serre et Barbier se retrouve ainsi en compagnie de Bergman, Houellebecq, Schroeter .. et Nietzsche, qui fournit le complément du titre du spectacle : « Laissez moi hurler et gémir et ramper comme une bête. »

OLYRIX

Par Damien Dutilleul

Il en ressort une oeuvre condensée et efficace, donnée en deux heures sans entracte. Les airs s’enchaînent à un rythme rapide, de nombreux récitatifs et parties parlées ayant été coupés. De même, les reprises des airs n’ont pas été conservées, ce qui accélère le rythme de la pièce et préserve les voix des quatre solistes, particulièrement mises à contribution. Les parties comiques sont escamotées ou assombries : Olympia (qu’Hoffmann voit à travers des lunettes de réalité augmentée) n’est pas une poupée rigolote (elle pointe même une kalachnikov vers le public) et Franz (transformé en frère d’Antonia) n’est pas sourd, tout le dialogue avec Crespel (ici père violent et incestueux) étant coupé. L’immense travail de détail réalisé sur cette production par tous ses protagonistes en fait un spectacle passionnant, que l’on connaisse déjà l’oeuvre d’Offenbach ou non.

FORUM OPERA

Par Yvan Beuvard

Sombre, voire noire est cette production. Ainsi, le seul moment de détente que ménageait Offenbach avec la surdité de Frantz est-il coupé. Au sortir de cette surprenante et captivante production, on s’interroge : Mikaël Serre sert-il Offenbach ? Malgré la violence de certaines scènes et la trivialité de quelques dialogues, malgré une dimension fantastique et poétique réduite par le réalisme, malgré l’occultation de Venise, l’esprit est là, servi par des interprètes jeunes dont l’engagement est exceptionnel. La preuve est faite qu’en conjuguant l’intelligence et les talents, il est possible de gagner un pari aussi audacieux, transgressif.

OPERA ONLINE

Par Elodie Martinez

La réécriture ne se fait pas sans respect de l’esprit des Contes d’Hoffmann, et le metteur en scène Mikaël Serre parvient à savamment maîtriser l’équilibre entre l’apport nouveau et l’oeuvre de base à laquelle le public s’attend et qu’il connaît bien ! Les grands airs sont ainsi conservés, et cette approche humaine d’Hoffmann qui se réfugie dans un fantasme où la Stella qu’il aime ne cesse d’être présente est loin d’être dénuée d’intérêt. La condensation de l’oeuvre la rend ici efficace, sans jamais perdre le spectateur, même si l’on s’interroge parfois sur le besoin de tant de violence et de cet ajout de la question d’inceste. On s’aperçoit alors que cela entre très probablement dans la réflexion du metteur en scène qui voit dans l’oeuvre l’occasion de s’interroger sur le rapport entre homme et femme, et surtout la vision qu’ont les hommes des femmes : diva inaccessible, objet mécanique créé pour eux, femme fragile qui ne rêve que de chanter et qui en meurt, ou encore séductrice qui parvient à voler l’image d’un homme, ou son ombre…