• Il y a dans cette pièce des comportements qui semblent échapper à la vie ordinaire. Pourtant, tout ça est bel et bien ancré dans le quotidien, seulement les choses ne cessent de déraper du fait que Mayenburg s’ingénie à mettre sur le même plan le réel et l’imaginaire. On ne sait jamais vraiment où commence et où finit la fiction. Il y a quelque chose d’insaisissable, ça dérape, ça fuit. Et c’est cette étrangeté au coeur même du familier qui m’a donné envie de monter la pièce, explique Mikaël Serre. Le temps, l’espace sont soumis à de perpétuelles transformations. Pas surprenant si les premiers mots prononcés au début de la pièce sont Ça aurait aussi pu être ailleurs. D’entrée de jeu s’installe une sorte de flou qui correspond aux fluctuations de l’imagination. Comme des enfants qui joueraient à se raconter des histoires. A travers ce qui ressemble à une vaste confusion spatio-temporelle, on devine certains principes à l’oeuvre dans cette forme à la fois dense et éclatée. Cela pose des tas de questions quant à la mise en scène, remarque Mikaël Serre. Mais c’est aussi une façon assez drôle de se demander ce que nous faisons de nos vies. Il y a toujours des glissements, des non-coïncidences, ça ne s’ajuste jamais tout à fait comme il faut. Alors cet enfant froid, cela peut signifier beaucoup de choses. Qu’est-ce qui naît de notre histoire à la fois collective et personnelle ? Qu’est-ce que nous mettons au monde ? Est-ce quelque chose de tangible ou, au contraire, est-ce dépourvu de réalité ? Rien n’est sérieux au fond, mais c’est justement cela qui est problématique. La dérision expose ici ses propres limites. Le rire se fait grinçant. On devine à l’oeuvre un principe destructeur qui sape tout de l’intérieur. Quelque chose comme l’idée faussement rassurante de se dire qu’au fond, rien n’est grave. Autrement dit, une incapacité tragique à démêler ce qui est important de ce qui ne l’est pas, à faire le tri entre ce qui tient debout et ce qui n’est qu’artifice fallacieux, la réalité et la fiction.

  • Mise en scène Mikaël Serre
  • Texte Marius von Mayenburg
  • Traduction Laurent Muhleisen
  • Assistante à la mise en scène et chorégraphe Isabelle David
  • Création musique et musicien live Nils Ostendorf
  • Création lumière Marek Lamprecht
  • Création costumes Nathalie Raoul
  • Scénographie Anne-Charlotte Vimont

Avec

  • Julie Biereye, Gaël Leveugle, Olav Benestvedt, Lee Delong, Rodolfo de Souza, Servane Ducorps, Olga Kokorina, Thierry Levaret, (Frédéric Aspisi)

  • Production Théâtre Bathyscaphe,
  • Coproduction La rose des vents Scène nationale Lille Métropole (artiste associé), La Ferme du Buisson Scène nationale de Marne-la-Vallée (résidence de création). Coréalisation : Théâtre de La Bastille. DRAC Île-de-France, aide à la production

LIBERATION

Maïa Bouteillet

Mikael Serre, jeune doué de la mise en scène (également photographe et acteur), qui a fait ses classes en Russie. En Ouzbékistan et en Allemagne, ou, parfaitement germanophone il a monté les deux précédents textes de Marius von Mayenburg, Visage de feu et Parasites. C’est dire si celui que l’on découvre pratiquement en France est rompu a cette folie qui règne dans les pièces sulfureuses de Mayenburg. Jeu collectif. Servane Ducorps, Gael Leveugle, Olav benestvet, Lee Delong… Tous mériteraient d’être cités. D’autant que enchevêtrement des Situations implique un jeu absolument collectif. Solides acteurs venus des quatre coins du globe, Argentine, États-Unis, Norvège, Russie, France… ils impriment une personnalité légèrement décalée à leur personnage et ellectuentces incessants passages d’un monde à l’autre avec une belle évidence.

MOUVEMENT

Par Gwenola David

D’ailleurs, on boit et on dégueule beaucoup, on se casse la gueule généreusement sur le plateau. Les personnages s’effondrent ou se culbutent à tout bout de champ la tête plantée dans levier du bar ou le sofa. Le talentueux Mikaël Serre ne prend pas le texte avec des pincettes. Les comédiens non plus. La déconnexion entre les mots, les faits et la représentation, les embardées délirantes au dévient les comportements tout comme les ko debout ourdissent une esthétique du ratage lardée d’éclats d’enfance, qui donne corps à cette satire cruelle et ludique. Quand la vie réelle nous échappe, on vit des mirages. C’est tout de même mieux que rien : comme disait le vieux Vania de Tchekhov.

LA GAZETTE DU NORD-PAS DE CALAIS

Par

Une pièce flottante qul s’insinue dans le chaos de nos existences disparates et relate nos peurs cachées, nos désarrois satisfaits, et nos attentes déçues dans la vaine agitation monde. Un univers qui se délite où le pathétique n’est jamais très éloigné du kitsch, dont les incohérences dissimulent ma l’effroi devant les abimes du vide qui nous guettent. Rythmé par des embryons mélodiques joués live par un musicien, ponctués par des bribes chorégraphiques traduisant l’inaptitude au monde porté par des comédiens sur le fil des béances ménagées par un texte épure et grinçant. L’Enfant froid décompose, dérange et déroute, soufflant un vent glacial, mais revigorant sur les décombres d’une société occidentale hagarde.

LIBERTE HEBDO

Par Alphonse Cugier

Ni compassion, ni complaisance moqueuse ou dénonciation, l’auteur et le metteur en scène réussissent à être excessif, sans provoquer le phénomène de rejet et à ressusciter, paradoxalement, dans le délire tonitruant et ostentatoire, la cruauté et le tragique de ces existences. Manier avec brio la violence, l’apreté, l’outrance et les rendre intelligentes est le signe indéniable d’une gravité plénière.