LA MOUETTE
Anton Tchekhov
CREATION [2011] • Comédie de Reims
- En adaptant le célèbre texte de Tchekhov, Mikaël Serre ne fait pas de cadeau à ses personnages. Il raconte les rapports de force et de pouvoir entre metteurs en scène, acteurs, producteurs, auteurs, aujourd’hui et les entraîne dans un maelström de passions, de rage, de rires, avec des trouées de tendresse. Actrice célèbre, Arkadina forme avec Trigorine, auteur non moins célèbre, un couple people, atteint par l’usure. Son fils, Treplev, rêve d’écrire pour le théâtre, et pour la fille qu’il aime, Nina. Elle va cependant le quitter pour Trigorine, sans pour autant parvenir à se faire une place, ni à ses côtés, ni dans le métier. Telle est la base de cette Mouette, adaptée et mise en scène par Mikaël Serre qui, jusqu’à présent, a monté des auteurs de son temps Mayenburg, Kroetz notamment). Il m’est arrivé de travailler en Russie, dans les années 90, et en lisant Tchekhov, j’avais peine à imaginer dans quel monde il avait vécu et travaillé, tellement tout a changé, dans la dureté. Pas seulement en Russie … Les conflits de générations demeurent tout aussi perturbants, plus difficiles peut-être encore à régler, dans la mesure où les aînés viennent de l’après 68, une époque de désinvolture « libérée ». Et le théâtre ne peut plus prêcher la bonne parole humaniste, puisque son fonctionnement se révèle aussi brutal que dans les milieux d’argent. Je ne pouvais pas voir dans cette pièce, des personnages mélancoliques. Ce sont des êtres de combat capables de souffrir, et qui alors laissent aller leur colère, se battent. La vraie douleur, réelle, est difficile à exprimer, à faire partager, à rendre sensible. La colère est davantage lisible. Elle se transmet par explosion. Finalement, entre bouffonnerie et violence, entre douleur et cynisme, nous vivons un monde très shakespearien.
- Adaptation et Mise en scène Mikaël Serre
- Scénographie Antoine Vasseur
- Lumières Sébastien Michaud
- Costumes Fanny Brouste
- Dramaturgie Jens Hillje
- Assistanat à la mise en scène Chloè Brugnon
- Assistanat à la scénographie Élodie Dauguet
- Assistanat aux costumes Ingrid Robinet
Avec
- Olav Benestvedt
- Servane Ducorps
- Gaël Leveugle
- Jean-Marie Frin
- Elsa Grzeszczak
- Sam Louwyck
- Charles-Henry Thissen
- Christèle Tual
- Pascal Rénéric
- Fred Ulysse
- Production CDN La Comédie de Reims, La Rose des Vents Scène Nationale, Théâtre Vidy Lausanne

LE PARISIEN
Par
Dans sa version, Mikaël Serre s’est inspiré du texte russe mais aussi de ses traductions françaises, anglaises et allemandes, autant de langues qu’il parle couramment. Sur scène, Nina, le personnage de l’actrice en lutte contre le diable et en questionnement sur son métier, déclame sa rage, par moments, en anglais. « Peut-être que l’anglais incarne une forme de modernité »,observe l’homme de scène francoallemand. Il invoque aussi Houellebecq pour moderniser le texte d’origine. « C’est un clin d’oeil à un auteur que j’aime pour son écriture mais aussi pour le personnage public souvent décrié qu’il incarne », poursuit Mikaël Serre. En tout cas, sur les planches du Nouveau Théâtre, les huit acteurs se donnent la réplique à un rythme effréné. Ça tient de la performance. Le texte et sa mise en scène vont au-delà du bien et du mal tout en invitant à rêver d’un monde meilleur. Ça déménage.
PREMIERE.FR
Par Marie Plantin
La version de Mikael Serre, s’est installée dans une scénographie d’aujourd’hui sur le plateau spacieux du Nouveau Théâtre de Montreuil. Une Mouette sexy, rock’n roll, fougueuse, gardant intacte la trame du texte original mais le modifiant sans scrupule pour lui insuffler une grande claque de modernité. Une mise en scène inventive et explosive, ouvrant des champs d’interprétations inattendus. Mikaël Serre prend une liberté inédite en faisant mourir Treplev à vue, sur fond de « Sweet Dreams » de Marylin Manson : après une course désespérée, Pascal Reneric/Treplev finit noyé dans la piscine gonflable. L’image prend un sens et une puissance inattendus. Nina le rejoint alors, comme dans un rêve par delà la mort, elle vient le chercher et disparaît avec lui en silence.
LA PROVENCE
Par J.Rémi Barland
Le jeu des acteurs est également atypique et tout à fait admirable, avec notamment Pascal Rénéric dans le rôle de Treplev, le metteur en scène ; Servane Ducorps dans celui de Nina et le stupéfiant Sam Louwyck qui campe Trigorine. Il ne surligne jamais les choses mais incarne les personnages d’une manière très physique et le metteur en scène qui cite Houellebecq dans les props du personnage d’Arkadina (Jouée par Christèle Tual), rend compte de la condition humaine dans tous ces états et dans toutes les époques. Mikaël Serre nous offre un spectacle sans cesse inventif qui ne trahit pas Tchékhov mais qui sait le rendre plus lisible au public d’aujourd’hui.
THEATRE DU BLOG
Par Jean Couturier
La direction d’acteurs et Mikaël Serre les a choisis pour leur diversité de parcours et réussit à créer une force de jeu et d’authenticité. Ils sont justes et donnent à voir leurs fractures et leur humanité. C’est à un beau travail de troupe, certes éphémère, que l’on assiste ;« Tchekhov propose à une communauté d’acteurs d’exister, il n’y a que très peu de seconds rôles, ce qui donne au travail toute sa richesse », dit-il. Il s’agit d’une adaptation, le metteur en scène prend quelques libertés avec le texte sans déstructurer le récit, mais avec des allusions au cinéma. C’est un travail intelligent et sensible du metteur en scène et de ses acteurs. Ce spectacle, créé en janvier 2011 à la Comédie de Reims mériterait une exploitation dans d’autres lieux mais la diversité d’origine des acteurs et l’âpreté du marché fait qu’il sera difficile de retrouver ce même groupe pour une longue période. Il ne reste que quelques jours pour découvrir cette Mouette .
Photos © Alain Hatat

