LA BOHEME
Giacomo Puccini
CREATION [2019] • Oper Theater Trier
- La Bohème ce sont des artistes méprisés parce que sans mécènes et sans rente qui doivent désormais inventer leurs propres moyens de subsistance, être les entrepreneurs d’eux-mêmes, le statut change, on entre dans la révolution industrielle. Et si La bohème était plutôt « la fin de La Bohème », la chronique, l’acheminement vers la perte des illusions, qui inclut la fin de la jeunesse. Mais, surtout, peut être que d’une certaine manière à travers ces illusions perdues ce profile déjà le constat que l’artiste ou le penseur qui montre les vices et la vertu de la société dans laquelle il vit n’atteindra pas son objectif d’un monde meilleur, n’ouvrira pas l’esprit à la critique. Il y a pour moi une sorte de promesse « déstabilisatrice » dans cet Opéra, une sorte de « dessaisissement » qui a pour fonction de montrer les contradictions inhérentes à la position des artistes. Les artistes que dépeint Puccini, mais encore plus à travers Mimi, produisent de la violence ou une autodérision meurtrière comme on peut le voir à la fin de l’opéra. Le roman de Murger dont est tiré l’oeuvre finit sur cette phrase : Je suis un corrompu, je n’aime plus que ce qui est bon. À travers La Bohème on peut rendre visible cette dichotomie entre la pensée et l’action qui tend et épuise aussi les corps et les sentiments. Rodolfo conscient du réel, de sa propre condition et de celle de ses amis, ne peut agir contre l’injustice sociale et se perd lui-même en se condamnant, mais aussi en condamnant la femme qu’il aime. Il est même incapable de voir Mimi mourir, incapable de lutter contre l’effondrement à venir, voire complice de cet effondrement. Mimi meurt-elle parce qu’elle ne peut vivre dans l’illusion comme ses amis, que le déterminisme social ne lui permet peut être pas de sublimer une réalité trop éprouvante, ou alors sa mort est elle aussi la marque du suicidé qui non seulement se condamne, mais condamne aussi à travers son geste tout une société et par là le Happy End ?
- Musikalische Leitung GMD Jochem Hochstenbach
- Inszenierung Mikaël Serre
- Regie assistänt Yves Bombay
- Dramaturgie Wouter Padberg
- Bühne Rena Donsbach, Sébastien Dupouey
- Video Sébastien Dupouey
- Kostüme Rena Donsbach
- Licht
Mit
- Réka Kristóf, Einat Aronstein, Carlo Jung-Heyk Cho, Carl Rumstadt, Matthias Bein, Karsten Schröter, Carsten Emmerich, Derek Rue, Yuri Dolgopolov, Hak-Il Kim. Opernchor, Extrachor, Kinderchor und Statisterie
- Producer Theater Trier

OPUS OPUS KULTUR MAGAZIN
Von Eva-Maria Reuther
Der junge 1973 geborene Regisseur Mikaël Serre ist dafür bekannt, dass er, was nicht nur in der Kunst nötig ist, Traditionen notorisch hinterfragt, gern auch mal berserkerhaft, wie bei seiner Jeanne d`Arc Überschreibung am Maxim Gorki Theater in Berlin. In Trier ist ihm jetzt mit der Inszenierung von La Bohème der Spagat zwischen Wiedererkennung und Gegenwartsbezug eindrücklich gelungen. Da es auch bei Serre, wenn er schon mal dabei ist, schnell um alles geht, hat er die Kunstmisere noch mit ein paar anderen Themen kombiniert, wie Luftverschmutzung und Klimawandel (der Himmel über Pais ist schwarz, Palmen wachsen vor dem Eifelturm), nicht zu vergessen die erwähnten Underdogs, hier nicht als „Gelbwesten“ sondern als schlichte Händler vom Markt. Marktfrauen haben als Aufständische gegen soziale Ungerechtigkeit in Paris bekanntlich seit der Französischen Revolution Tradition. Das Ganze könnte leicht gräulich hyperdidaktisch wirken, wäre Serre nicht so ein Poet von hohen Graden, der das Geschehen permanent zwischen Traum- und Wirklichkeit hält.
Photos © C.Kaufhold

