JOSEPHINE
Germaine Acogny / Alesandra Seutin / Mikaël Serre

Germaine Acogny et Joséphine Baker. Deux femmes, deux trajectoires qui se croisent entre éclats de lumière d’or et zones d’ombre, entre désirs d’ailleurs et réinvention de soi. Comment faire dialoguer ces figures, non dans une logique de filiation docile, mais comme un frottement avec l’histoire ?
Joséphine Baker, icône paradoxale a performé — parfois malgré elle — les fantasmes coloniaux en mal d’exotisme. Née aux États-Unis, célébrée en France, elle a joué de ces clichés pour mieux les détourner, devenant par la suite une figure majeure des luttes antiracistes. Son corps était à la fois spectacle et stratégie, vecteur de soumission apparente, mais aussi de subversion. Bell hooks dirait qu’elle a “occupé le regard”, qu’elle l’a retourné.
Germaine Acogny, elle, déconstruit. Son art est un acte d’insoumission chorégraphique, une écriture du mouvement ancrée, non pas mythifié, mais vécu. Son corps est un territoire politique.
Travailler avec Germaine a toujours été pour moi une temporalité non linéaire : celle des corps qui se souviennent, des corps qui refusent, des corps qui créent. C’est interroger notre propre héritage, nos imaginaires contaminés. Nous ne chercherons pas à glorifier, mais à creuser, à questionner, à désobéir.
À travers le prisme de ces deux femmes, c’est une réflexion plus vaste sur l’altérité et les devenirs possibles des corps que je souhaite convoquer. Une scène comme espace critique, comme lieu d’un rituel de réparation.
Ce spectacle est un dialogue nécessaire, une désobéissance guerrière, à l’image des amazones du Dahomey que Germaine souhaite convoquer, ces combattantes qui furent en première ligne en résistance à l’expansion coloniale française. Germaine est née sur ce territoire — aujourd’hui le Bénin — ancien royaume dont les échos résonnent dans son travail de réappropriation. Point d’intersection avec les luttes de Joséphine.
Cette création ne cherche pas à célébrer, mais à traverser, déconstruire les regards. À l’intersection des archives coloniales, des mythes d’exotisme, et des danses de réappropriation, c’est tenté de réactiver ce que Bell Hooks appelait le “regard opposant”, et ce qu’Achille Mbembe désigne comme “politique du vivant”, car la scène, ici, ne montre pas : elle convoque. Elle ne reproduit pas : elle résiste.
Mikaël Serre, 2025
- JOSEPHINE– création mondiale
•Chorégraphie: Germaine Acogny & Alesandra Seutin
•Mise en scène et dramaturgie: Mikaël Serre
•Musique originale: Fabrice Bouillon-LaForest
•Conception lumières et scénographie: Fabiana Piccioli – Enrico Bagnoli
•Costumes: Chanel
•Production: Théâtre des Champs-Elysées
•Producteur délégué: Productions Sarfati
•Avec le soutien de Chanel
• Co-production : Les Théâtres de la Ville de Luxembourg, Théâtre de la Ville, Paris

