DIALAW PROJECT
Mikaël Serre
CREATION [2022/2023] • Théâtre Silvia Monfort, Paris ⎮ Grand Théâtre Luxembourg
- DIALAW PROJECT s’inscrit dans la continuité du travail avec la danseuse et chorégraphe franco-sénégalaise Germaine Acogny. Cette collaboration a débuté en 2015 lors de la création du spectacle À un endroit du début. En 2019 elle me fait part du projet de construction d’une extension du port de Dakar en face de l’École des sables qu’elle dirige à Toubab Dialaw. Ce projet de construction en eau profonde signé en 2020 par le gouvernement sénégalais avec une société des Emirats, Dubaï Port World fera disparaître la côte, et ensevelira une terre sous des kilomètres de béton. Toubab Dialaw, ancienne terre de la tragédie de l’esclavage, outragée par la colonialité voit arriver une nouvelle menace qui porte cette fois le titre d’émergence, mot-valise d’un afro-capitalisme triomphant.
- Dialaw Project prend pour point de départ les interrogations que soulève cette construction pour les habitants, mais aussi pour nous, légataires malgré nous de la puissance coloniale. Toubab Dialaw, est de nouveau sous la menace d’une domination exercée maintenant au nom du développement économique et de la globalisation. Que pouvons-nous faire ensemble pour interroger les mythes modernes à travers le prisme de ce port ? Qu’est-ce qui nous lie dans la tragédie répétée de cet événement ? Pouvons-nous faire face ensemble ou s’agit-il pour chacun de trouver sa solution ? Enquêter sur nos interdépendances, c’est, au-delà des points de vue, questionner des points de vie.
- Conception Fluide Ensemble
Mise en scène Mikaël Serre
Textes de Hamidou Anne, Ian de Toffoli & le Fluide Ensemble
Dramaturgie Jens Hillje
Scénographie Mikaël Serre
Costumes Jah Gal Doulsy
Vidéo Martin Mallon
Musique Antonin Leymarie
Lumières Léandre Garcia Lamolla
Collaboration artistique Ninon Leclère
Auteur et mythologue Ian de Toffoli
Auteur et politologue Hamidou Anne
Assistante à la mise en scène Anaïs Durand Mauptit
Régie Général Loïc Even
Régisseur Son Christophe Jacques
Régisseur Vidéo Pierre-Jean Lebassacq
avec
- Germaine Acogny
- Hamidou Anne
- Stéphane Soo Mongo
- Anne-Elodie Sorlin
- Pascal Beugré-Tellier
& en vidéo :
- Laka Baro
- Matar Diouf
- Mohamadou Ndiaye
- Assane Ndoye
- Adama Ndiaye
- Omar Guèye
- Production Le Fluide Ensemble / Ninon Leclère Coproduction Le Monfort Théâtre, Africologne, Théâtre de la Ville-Paris, Festival «Perspectives» Saarbrücken, Les Théâtres de la ville de Luxembourg, CDN Théâtre des 13 Vents, Théâtre-Cinéma de Choisy-le-Roi / Résidence de création au Sénégal Jant-Bi, L’Ecole des Sables, Toubab Dialaw / Résidence de création en Europe LE CENTQUATRE-PARIS, Le Montfort Théâtre, Paris. Aide à la commande d’écriture Les 13 Vents CDN de Montpellier / Avec le soutien de l’Institut Français, de l’AFD et du Fonds Transfabrik – Fonds franco-allemand pour le spectacle vivant. Avec le soutien à la diffusion de la Ville de Paris. Projet soutenu par le ministère de la Culture – Direction régionale des affaires culturelles d’Ile-de-France, Ministerium für Kultur und Wissenschaft des Landes Nordrhein-Westfalen.

AFRICULTURES
Par Marine Durand
Loin d’être des insertions folkloriques, ces interventions à la lisière du surnaturel font renaître tout une mythologie de la résistance pour mieux interroger notre rapport au monde, à l’environnement, au passé. Ils viennent subtilement mettre au cœur des préoccupations humaines les enjeux mémoriels peut-être essentiels à la constitution de nos identités et cultures multiples. Cette pièce déroutante mais au fond généreuse, donne finalement une grande liberté et sa confiance au spectateur. Elle lui offre la possibilité de se penser en son lieu. Loin d’offrir des réponses, Dialaw Project est un point d’interrogation ouvert sur notre intelligence collective qui pourrait ponctuer ces quelques mots écrits par Patrick Chamoiseau : « Au-delà de ce qui meurt, chaque jour un peu plus, en nous et autour de nous, se pose face à ces drames la question de ce que nous sommes prêts à accomplir ou refuser pour demeurer des êtres humains”.
SCENEWEB
Par Belinda Matthieu
Dès 2018, elle alertait sur projet de construction d’un grand port marchand (le port de Ndayane), qui menace ce centre névralgique de la danse africaine, en même temps que l’écosystème de ce petit port de pêche. Dialaw Project, mis en scène avec Mikaël Serre, dénonce ce désastre annoncé dans une forme théâtrale constellée de vidéo, qui dénonce au passage les effets du néo-colonialisme et la complexité des liens entre Afrique et Occident. L’ensemble est brut de décoffrage et un poil fourre-tout. Celles et ceux qui s’attendaient à voir de la danse vont être déçus. Un jeune diplomate qui excelle dans l’art de la langue de bois devant une présentation powerpoint, un dialogue musclé entre les allégorie de l’Union Européenne et de l’Afrique, une tirade sur les paradoxes d’être issu de la diaspora africaine lors d’un séjour en Afrique… Dialaw Project soulève une myriade de questions sur les effets actuels du colonialisme de manière frontale, explicite, souvent teinté d’ironie.
DE LA COUR AU JARDIN
Par Yves Poey
Les corps des comédiens qui nous feront comprendre le caractère viscéral et organique du propos général. Les corps des habitants de Toubab Dialaw que nous verrons en vidéo, face caméra ou bien dans des prises de lutte au corps à corps, justement, sur la plage. Un corps inerte dans une piscine, des corps enlacés, des corps qui se repoussent, aussi. Le corps qui danse, bien entendu… Ce spectacle est de ceux qui nous remettent brillamment en mémoire et en perspective les grands problèmes historiques, politiques et sociaux de l’humanité.
Une humanité qui n’est pas aussi humaine que l’on souhaiterait, une humanité qui ne retiendrait pas forcément les leçons d’un passé toujours douloureux. Un spectacle intense, totalement maîtrisé de bout en bout tant sur la forme que sur le fond, et qui marque les esprits longtemps après être sorti de la salle.
LEVER DE RIDEAU
Par Noctembule
On est porté par leurs mots, leurs actes, leurs gestes. Une équipe avec une complicité touchante. Ils se sentent aussi concernés par ces histoires de perte, d’exil, de racine, de déplacement, de non-voyage, de frontière, de colonisation, d’identité… Un spectacle complet, audacieux avec des artistes brillants qui peuvent s’exprimer pleinement pour toucher les regardants et les incitent à partir de façon pas très indemne. Une fiction épique qui nous emmène sur des trajectoires personnelles singulière qui force à repenser l’Homme dans la société et ses origines.
« Il faut que nous osions nous dénoncer pour guérir nos imaginaires et pour enfin sortir de cette grande nuit qui dure depuis des siècles ». Hamidou Anne, Panser l’Afrique qui vient ! (Présence Africaine Editions, 2019)
Photos © Joseph Banderet

