Paul Dukas

  • C’est un mythe qui hantait depuis des siècles l’inconscient collectif : l’homme qui retient les femmes prisonnières au fond de son château. L’homme à la barbe teinte du sang de ses victimes. Perrault donna son nom à l’un de ses contes : La Barbe bleue. À l’aube du 20e siècle, Dukas lui consacra son unique opéra. Sur la poésie brûlante de Maeterlinck, ce conte musical ajoute à l’histoire un corps étranger : Ariane, tout droit sortie de la légende de Thésée, qu’elle aida à trouver l’issue du labyrinthe et à vaincre le Minotaure. Il introduit Ariane comme un fil lumineux dans le château de Barbe-Bleue. En pénétrant dans ce dédale de couloirs et de portes, de caves et de voûtes, Ariane n’a qu’une idée en tête : ouvrir la dernière porte pour libérer les prisonnières. Mais la lumière bute sur les contradictions de l’âme humaine. Après avoir signé un iconoclaste Offenbach Report, Mikaël Serre est de retour à l’Opéra national de Lorraine. Partant à l’assaut du château de Barbe-Bleue, il interroge notre besoin d’être sauvés et le prix auquel nous sommes prêts à sacrifier notre liberté.
  • Une véritable politique féministe nous fait toujours passer de la servitude à la liberté, de l’absence d’amour à l’amour. Et le féminisme est en pratique le seul mouvement pour la justice sociale dans notre société qui produit des conditions favorables à la mutualité. Une féminisme radical et visionnaire nous encourage toutes et tous à examiner courageusement nos vies du point de vue des questions de genre, de race et de classe, pour que chacun·e puisse mieux comprendre sa position au sein du patriarcat capitaliste, impérialiste et suprémaciste blanc. S’il y a une réaction antiféministe, c’est parce que le mouvement a réussi à montrer à tout le monde que le patriarcat représente une menace pour leur bien-être des femmes et des hommes. Nous devons tirer les leçons du passé courageusement, et travailler à un avenir où les principes féministes sous-tendront tous les aspects de notre vie publique et privée. Le combat féministe vise à mettre fin à la domination, afin de nous rendre libres d’être ce que nous sommes – libres de vivre une vie où la justice est aimable, et où nous pouvons vivre en paix. Tout le monde peut être féministe. Bell Hooks


  • Livret Maurice Maeterlinck
  • Musique Paul Dukas
  • Direction musicale Jean-Marie Zeitouni
  • Orchestre et Chœur de l’Opéra national de Lorraine
  • Mise en scène Mikaël Serre
  • Décors et costumes Nina Wetzel
  • Vidéo Sébastien Dupouey
  • Lumières Franck Evin
  • Dramaturgie Jens Hillje
  • Assistanat à la mise en scène Elizabeth Calleo, Diane Clément
  • Assistanat aux costumes Marie Brandt

Avec

  • Ariane Catherine Hunold
  • Barbe-Bleue Vincent Le Texier
  • La Nourrice Anaïk Morel
  • Sélysette Héloïse Mas
  • Ygraine Clara Guillon
  • Mélisande Samantha Louis-Jean
  • Bellangère Tamara Bounazou
  • Alladine Nine d’Urso
  • Voix isolées Benjamin Colin, Ill Ju Lee, Christophe Sagnier, Ju In Yoon Paysans, Benjamin Colin, Wook Kang, Christophe Sagnier
  • Concept et réalisation vidéo Sébastien Dupouey
  • Caméras Giuseppe Greco et Sébastien Dupouey
  • Lumières tournage Michael Wetzel
  • Figuration tournage Otilly Belcour, Antonin Cloteau, Charlène Cudrat, Mélina Dumay, Marc Latapie Sere, Anna Moriot, Margot Pillant, Pauline Zaia

  • Nouvelle production Opéra national de Lorraine

FORUM OPERA

Par Yannick Boussaert

C’est là que le Mikaël Serre trouve l’axe le plus fort. Chacune des femmes enfermées va devenir une égérie féminine, une incarnation d’un élan libertaire (Marianne et son bonnet phrygien) ou une héroïne vengeresse (Beatrix Kiddo du tarantinesque film Kill Bill). Dans un studio vidéo à fond vert, elles se fantasment en chantre de la liberté et de la condition féminine. Encore réduites à l’impuissance, leurs silhouettes costumées se sur-impriment sur des images de guerre, de barbarie masculines et de capture d’écran des messages féministes qu’on voit fleurir dans nos espaces urbains masculinistes (« céder n’est pas consentir »). L’arrivée d’Ariane, super-héroïne dans un complet lamé argenté, change la donne. La liberté les attend au point que le metteur en scène tord quelque peu la fin. Sous le slogan tagué par Beatrix Kiddo « la révolution ne se fait pas en un jour », les filles d’Orlamonde restent auprès de Barbe-Bleue, non atteintes d’un syndrome de Stockholm mais pour se venger par la torture. Libres elles sont, mais encore prisonnières d’une loi du talion immémoriale.

OLYRIX

Par José Pons

Transgressive Ariane et Barbe-Bleue à l’Opéra National de Lorraine. De fait, la mise en scène de Mikaël Serre, souvent déroutante mais toujours virtuose, tourne quelque peu le dos au livret de Maurice Maeterlinck, évacuant toute forme de poésie ou d’abandon. Il donne une place prépondérante aux anciennes épouses, au détriment du personnage même d’Ariane qui heureusement trouve en Catherine Hunold une interprète qui le transcende.

OPERA ONLINE

Par Thibault Vicq

Les chemins prolifèrent, car en juxtaposant différents crus de pop culture, le metteur en scène Mikaël Serre grave sur Ariane et Barbe-Bleue de Paul Dukas un condensé pluriel des formes de désobéissance et d’émancipation, et heureusement sans le fil rouge moral qui y apporterait un jugement. Mikaël Serre s’est engagé à aller plus loin que le « simple » apologue féministe : il opte pour une réflexion sur la responsabilité des actes et les répercussions de la violence dans la société. Le décor et les costumes (Nina Wetzel) font mouche, les vidéos (Sébastien Dupouey) sont à se pâmer, et les lumières (Franck Evin) suivent un immense pantone expressif. La recherche dramatique atteint les mêmes sommets que la réalisation technique. Ces colorations presque symphoniques d’Ariane et Barbe-Bleue font la paire avec la riche dimension visuelle de cette production amenée à faire date.

NEUE MUSIKZEITUNG

Von Rolland H.Dippel

« Lumière! » lautet das Motto der Opéra National de Lorraine in de Spielzeit 2021/22. Dieser gelingt mit der noch immer viel zu selten gespielten Oper „Ariane et Barbe-Bleue » von Paul Dukas nach dem Drama von Maurice Maeterlinck eine Sternstunde. Intendant Matthieu Dussouillez kann das packende Zusammenspiel der Regie von Mikaël Serre mit dem faszinierend sinnlichen Zugriff des Dirigenten Jean-Marie Zeitouni, die exzellente Orchesterleistung und die Auftritte der kongenialen Sängerin Catherine Hunold in der Titelpartie als großen künstlerischen Erfolg betrachten. Das an einem Dienstagabend voll besetzte Auditorium jubelte.