Germaine Acogny / Mikaël Serre

  • Je me souviens de ces mots de Germaine Acogny, lors de notre première rencontre : Ma vie a souvent été un mouvement, je suis de quelque part et quand je m’en éloigne, je n’échappe pas à mon histoire, c’est que je suis revenu, en moi peut-être, à un endroit du début, à l’endroit d’où je viens, aux ancêtres, à ceux qui m’accompagnent. Germaine incarne ce que nous sommes tous devenus, des humains en transit, des exilés, des convertis et reconvertis, des gens qui se perdent et se retrouvent, où finalement l’identité n’est pas une finalité, mais bien un chemin. Les répétitions ont commencé à Toubab Dialaw au Sénégal. Pour moi ça a été une première rencontre aussi avec un pays, un continent, et à travers Germaine Acogny une histoire que je ne connaissais pas et que j’ai choisi de raconter par l’intime, le seul endroit peut-être à pouvoir contrer les idéologies porteuses d’amalgames simplificateurs. Je ne pouvais pas parler du point de vue de l’expert, mais seulement en partant de l’impulsion des imaginaires et des caprices de la réminiscence qui se confrontent sur la place du théâtre et de la danse. Cette violence et à la fois cette douceur que j’ai ressentie lors des répétitions et mon questionnement sur ma légitimité de prendre en charge l’histoire personnelle de Germaine qui comprend un manque, une trahison, en échos à la grande histoire, a été un voyage dans le jeu du souvenir et de l’oubli. La mémoire familiale se rappelant à nous en image, en odeur, en sensation, en son. Nous parlons évidement de blessures sur scène, mais aussi comment nous, artistes, pouvons apporter un regard et un apaisement. Proposer une matérialité à cette histoire c’est aussi défier l’oubli sans amertume, accepter même de pouvoir faire le deuil de nos mythes structurants, recyclés ou encore vivants

  • Textes Togoun Servais Acogny, Les récits d’Aloopho, Germaine Acogny, Médée d’Euripide, Adaptation Mikaël Serre
  • Mise en scène et Conception Mikaël Serre
  • Chorégraphie Germaine Acogny
  • Assistant Chorégraphie Patrick Acogny
  • Scénographie Maciej Fiszer
  • Costumes Johana Diakhate-Rittmeyer
  • Musique Fabrice Bouillon « La Forêt »
  • Vidéo Sébastien Dupouey
  • Lumières Sébastien Michaud
  • Direction technique Marco Wehrspann

Avec

  • Germaine Acogny

  • Production JANT-BI, Sénégal  Coproduction Les Théâtres de la Ville du Luxembourg, le Théâtre de la Ville-Paris, l’Institut Français Résidence et Coproduction La Ferme du Buisson, scène nationale de Marne-la-Vallée Résidence Le CENTQUATRE, Paris

THE NEW YORK TIMES

By Brian Seibert

Germaine Acogny presents an elegantly intense autobiographical solo at Crossing the Line. In this production — smartly directed by Mikaël Serre — Ms. Acogny’s father, who died in 1979, is represented by a photo of him in military uniform and by text from his memoir, projected in English on the set’s rain curtain. These excerpts recount how her father, growing up when Senegal was still a French colony, was trained by teachers and priests to despise his mother’s religion and to strive to become as Christian and European as possible.

ARTISTIK REZO

Par Thomas Hahn

Germaine Acogny : «Médée, c’est nous !» Dans À un endroit du début, Germaine Acogny salue la tragédie grecque par la danse et scelle le sort de Médée à celui de l’Afrique. Et c’est finalement son histoire personnelle qui se reflète dans son nouveau solo, création commune avec Mikaël Serre, homme de théâtre franco-allemand. Au Théâtre des Abbesses, la grande dame de la danse africaine rencontre un virtuose de la mise en scène.

LE POINT AFRIQUE

Par Anaïs Heluin

Les images d’un rituel sénégalais entre coépouses côtoient alors des scènes prises à Disneyland Paris. Des photos de familles françaises succèdent à celles des ancêtres de Germaines Acogny. Un relativisme par l’image que Mikaël Serre a mis en place afin de formaliser la question de sa légitimité à s’exprimer sur une réalité africaine qui lui était parfaitement inconnue avant À un endroit du début. « J’ai fait mienne l’idée de Levi-Strauss selon laquelle on est parfois plus proche d’un pays lointain que d’un pays culturellement proche du nôtre ». Cela en traduisant au plus proche l’histoire que Germaine Acogny lui a généreusement livrée.

LE MONDE

Par Rosita boisseau

Quelle tornade que Germaine Acogny ! Elle peut ne faire que quelques gestes des bras, tourner le long d’un cercle marqué à la farine, trembler des épaules, elle saisit et emporte. Elle a 70 ans lorsqu’elle s’attaque à cette pièce, rituel proche d’un exorcisme, en complicité avec le metteur en scène Mikaël Serre. Impérieuse et virulente, calme et furieuse, elle règle ses comptes et n’y va pas avec le dos de la cuillère, sort les couteaux légués par sa grand-mère. Elle tranche les nœuds du patriarcat, de son rapport aux hommes – elle a 23 ans et deux enfants lorsqu’elle divorce de son premier mari qui veut prendre une seconde épouse. Elle se risque sur tous les terrains : la religion, le colonialisme, la négritude… Elle revendique le catholicisme et l’animisme, la colombe emblème catholique et totem de sa grand-mère, plaide pour les identités multiples.